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Quels sont les effets du changement climatique sur le cycle de l’eau dans les Alpes? Quelles seront ses conséquences à long terme? Entretien avec le professeur Rolf Weingartner, responsable du groupe Hydrologie de l’Institut géographique de l’Université de Berne.

Anticiper les périodes de sécheresse

Qu’en est-il des effets sur la production hydraulique d’électricité? «La production moyenne d’électricité ne devrait pas connaître de changement notable au cours des trente prochaines années.» Il faudra cependant s’attendre à d’importantes variations de production d’une année sur l’autre. Dans ce contexte, les centrales à accumulation gagneront en importance.

Une approche motivée également par d’autres raisons: «Les volumes d’eau disponibles se répartiront différemment: s’ils devraient demeurer stables en moyenne sur l’année, les hivers seront plus humides et les étés plus secs. Un argument de plus en faveur de la promotion des lacs à accumulation.»

Ces lacs rempliront plusieurs fonctions. «Ils seront avant tout utilisés pour la production d’électricité. Je suis cependant convaincu qu’ils joueront un rôle majeur dans l’irrigation, en tant que réservoirs d’eau potable, ainsi que dans les régions touristiques pour amé-liorer les conditions d’enneigement. Ils permettront également de réduire les risques de crue.»

Action au niveau politique

Si la production d’électricité d’origine hydraulique n’est pour l’heure pas rentable, l’eau est indispensable comme source d’énergie renouvelable: «Il nous faut prendre en compte des considérations écologiques mais aussi politiques», indique Rolf Weingartner. «Promouvoir l’hydraulique, c’est bien, mais il manque encore à l’échelle nationale un concept de planification du stockage de l’eau. La Suisse doit miser sur ses atouts et aménager de nouveaux lacs à accumulation. Nous devons agrandir les installations existantes et préserver les lieux encore vierges de toute construction.»

La même chose vaut pour les 500 nouveaux lacs qui se forment naturellement dans les Alpes sous l’effet de la fonte des glaciers. «Certains de ces lacs peuvent être exploités et se situent à proximité d’infrastructures existantes. Nous devons exploiter ces potentiels.»

Le recul des glaciers D’ici à 2050, la fonte des glaciers entraînera une  production accrue pour les centrales qui se situent dans les régions concernées. En deçà d’une taille critique des glaciers, le débit des eaux de fonte  diminuera toutefois.

Intensification des précipitations et des épisodes de crue

«Le réchauffement causé par l’émission de gaz à effet de serre dans l’atmosphère entraîne une modification des conditions climatiques», explique Rolf Weingartner. Températures plus souvent supérieures à zéro degré, chutes de neige plus tardives, fonte des neiges pré—coce et hivers courts en sont quelques exemples. Dans le même temps, le recul des glaciers se poursuivra.

Nous aurons donc des étés plus chauds, avec des phases de sécheresse plus longues. Un phénomène que l’on observe déjà aujourd’hui: «Sur les vingt étés les plus chauds enregistrés depuis le début des mesures en 1864, dix-sept ont eu lieu après 1990. Cela ne peut être une coïncidence.»

En Suisse, la température moyenne a -augmenté de 1,8 degré depuis 1864. «Plusieurs modèles nous donnent un aperçu de l’évolution à venir», indique Rolf Weingartner. «D’ici 2100, la hausse moyenne des températures pourait atteindre 5 degrés.» Ce réchauffement climatique s’accompagnera d’événements météorologiques extrêmes. Un air plus chaud pouvant absorber davantage d’humidité, les précipitations pourraient être plus intenses. La saison des crues se prolongera. «Je pense qu’il serait judicieux – et je pèse mes mots – de se préparer à des épisodes de crue extrêmes», note le spécialiste.

Le glacier de l’Eiger en 1870
Le glacier de l’Eiger et aujourd’hui
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Ursula Fricker

Senior Communication Manager