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Nous analysons l’importance de la disponibilité des centrales pour le marché de l’électricité et les difficultés liées aux prévisions à ce sujet.

Au cours de l’automne 2016, déjà, le marché de l’électricité était confronté à une hausse massive des prix de l’électricité: concrètement, le prix de l’électricité pour le Q117 en France est passé de 40 €/MWh début septembre à plus de 95 €/MWh mi-novembre. En 2017 également, le prix de l’électricité pour le Q118 français de base est passé de 45 €/MWh env. début août à plus de 60 €/MWh en octobre; il a ensuite baissé à 52 €/MWh lors d’une période d’accalmie début novembre pour remonter juste au-dessous de 60 €/MWh. Etant donné que les combustibles comme le charbon et le gaz n’ont pas été soumis aux mêmes variations, une question se pose: quelle est la cause d’une si grande instabilité?

La disponibilité des centrales comme moteur des prix de l’électricité

Tout comme l’année dernière, l’augmentation du prix est due avant tout à la disponibilité (ou l’indisponibilité) des centrales nucléaires en France: en proportion, la demande en électricité y est particulièrement forte en hiver, étant donné que de nombreux systèmes de chauffage fonctionnent à l’électricité. Concrètement, en hiver, une baisse de température d’un degré Celsius entraîne un besoin supplémentaire de 2400 MW. Si la capacité des centrales n’est pas disponible à un prix économique en quantité suffisante, cela peut rapidement entraîner des hausses de prix importantes, étant donné qu’il faut alors recourir aux centrales au gaz, nettement plus onéreuses. C’est exactement ce qui est arrivé l’hiver dernier en France quand, en raison de problèmes techniques, seulement 80% de la capacité nucléaire installée était disponible.

Cependant, dans ce contexte, le Q118 français élevé surprend, quand on sait que l’exploitant EDF a annoncé qu’il pourrait mettre à disposition plus de 95% des centrales nucléaires installées d’ici la fin de l’année. Si la disponibilité des centrales prévue est supérieure à celle de l’an dernier, pourquoi les prix sont-ils toujours aussi élevés?

La différence entre les prévisions et la réalité: règle ou exception?

Pour élucider cette contradiction apparente, il convient d’examiner plus attentivement la base réglementaire de la publication des disponibilités des centrales prévues. Le règlement UE applicable «concernant l’intégrité et la transparence du marché de gros de l’énergie» contraint les intervenants du marché à divulguer en temps utile «une information privilégiée qu’ils détiennent […], concernant la capacité […] des installations de production […] d’électricité». Sur cette base, on peut tout d’abord supposer que les données publiées par EDF (ou tout autre exploitant de centrale) concernant la disponibilité future de leurs installations sont très fiables. Cependant, le règlement présente également une restriction: l’information à divulguer doit concerner un événement «dont on peut raisonnablement penser qu’il se produira», une formulation qui laisse une certaine marge d’interprétation.

Pour cette raison, il est peu surprenant que les informations divulguées par les exploitants concernant la capacité de production disponible ne soient pas toujours accueillies avec la plus grande confiance par les autres intervenants du marché. Et en effet, on observe souvent des différences considérables entre les souhaits et la réalité: à titre d’exemple, début septembre, EDF a annoncé une disponibilité des centrales nucléaires françaises de plus de 50 GW pour le 19 octobre 2017 avant de revoir ce chiffre à la baisse à presque 47 GW le 1er octobre. La capacité réellement disponible trois semaines plus tard était finalement de moins de 40 GW.

Etant donné que l’exemple cité présente une différence considérable de 15 GW (donc près de 30% par rapport au chiffre annoncé à l’origine), on pourrait supposer qu’il s’agit d’un cas exceptionnel. Cependant, force est de constater que les disponibilités annoncées affichent très régulièrement des différences considérables par rapport à la capacité de centrales réellement disponible. Soit dit en passant, ce principe ne s’applique pas uniquement aux réacteurs nucléaires en France, mais également à d’autres technologies sur d’autres marchés.

Apprendre des erreurs pour améliorer les prévisions

Pour ces raisons, on peut se demander s’il convient d’ignorer d’emblée les données relatives à la disponibilité des centrales dans le cadre des prévisions annoncées par l’exploitant lui-même ou si des informations utiles peuvent également être tirées de telles prévisions erronées. Pour le savoir, nous avons étudié toutes les annonces de disponibilité des 18 derniers mois sur le marché allemand et français. Le résultat de cette analyse permet d’établir un lien significatif entre la marge d’erreur moyenne des annonces et leur durée correspondante. Autrement dit, il est possible d’évaluer dans quelle mesure une prévision annoncée de disponibilité des centrales est erronée en fonction de la quantité de temps entre la publication de l’annonce et la date à laquelle elle se réfère. Au bout du compte, les prévisions concernant la disponibilité de centrales peuvent être nettement améliorées de cette manière, comme par exemple pour les installations de charbon en Allemagne.

En conclusion, on peut affirmer que des informations utiles peuvent également être générées à partir d’annonces non fiables. A cette fin, il n’est cependant pas suffisant de collecter les données nécessaires et de les mettre à disposition pour l’élaboration de modèles et pour les utilisateurs. Des analyses plus approfondies sont requises pour compenser raisonnablement les erreurs de prévision récurrentes.

Daniel Kawai

Daniel Kawai

En sa qualité d’analyste quantitatif en négoce, Daniel Kawai est responsable de l’analyse des stratégies de négoce à long terme de BKW. En vue des pronostics des prix européens de l’électricité, il modélise également l’évolution des marchés globaux de carburant.