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Plus qu’un an, et ce sera fini: la centrale nucléaire de Mühleberg est la première centrale suisse à quitter le réseau le 20 décembre 2019. 

Andreas Herren, 52 ans, travaille ici depuis 23 ans. Ce technicien ET, spécialisé dans la technologie des réacteurs, s’est perfectionné tout au long de sa carrière, a suivi des formations continues et a effectué de multiples tâches à la centrale nucléaire de Mühleberg (CNM), avant d’être promu chef d’équipe il y a 11 ans. Et son développement technique n’est pas près de s’arrêter: il fera partie des quelque 300 employés de la centrale nucléaire de Mühleberg qui fourniront un travail de pionnier dans les années à venir, car la centrale, raccordée au réseau en 1972, sera la première des cinq centrales nucléaires suisses à être désaffectée. La salle de commande est le lieu de travail d’Andreas Herren. C’est l’endroit où la CNM est contrôlée et surveillée. «Ce qui compte le plus pour nous tous ici, c’est la sécurité», affirme-t-il. «Nous ne devons commettre aucune erreur.» Dans la nuit du 19 août, le réacteur à eau bouillante a été arrêté pour la dernière révision. 46 des 240 éléments combustibles ont été remplacés, le manteau du cœur du réacteur a été examiné et une protection antisismique supplémentaire a été installée. «Pendant son dernier cycle d’exploitation, la CNM atteint ainsi l’état le plus avancé de la technique depuis sa mise en service», explique BKW. Le 13 septembre, le réacteur a été remis en service pour ses 15 derniers mois de fonctionnement.

Le chef d’équipe Andreas Herren dans la salle de commande. Après la mise hors service, l’installation continuera d’être surveillée.

En 2013, la direction de BKW a décidé de mettre Mühleberg hors service. C’est alors que le plan de désaffectation sur six ans a débuté. «Nous voulons procéder au démantèlement ensemble avec notre personnel», déclare Philipp Hänggi, responsable de l’unité commerciale Nucléaire chez BKW et président du comité de contrôle de la désaffectation. «Les collaborateurs, dont beaucoup travaillent chez nous depuis de nombreuses années, connaissent la centrale sur le bout des doigts, ce qui nous prémunit contre les surprises.» Des experts supplémentaires sont recrutés au cas par cas. Il est notamment nécessaire de faire appel à un grand nombre de spécialistes en radioprotection, qui doivent veiller à ce que les collaborateurs soient protégés en tout temps contre le rayonnement. BKW a dû présenter un plan de sortie détaillé. Philipp Hänggi déclare: «Nous avons déjà acquis de l’expérience et de l’expertise dans d’autres pays, mais en Suisse, ce sera notre première fois.» Le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication a accordé cet été l’autorisation de désaffectation, qui sera surveillé et contrôlé par l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN). «Contrairement à une installation classique, le démantèlement d’une centrale nucléaire prend près de 15 ans», explique Martin Saxer, directeur de la centrale de Mühleberg. Il prévoit de libérer la zone en 2031.

En attendant, l’installation continuera de fonctionner après son arrêt jusqu’en 2024 en mode de «post-exploitation». Début 2020, les éléments combustibles seront transportés du réacteur au bassin de stockage pour combustible usé, où ils se désintègreront pendant plusieurs années. Puis, vers fin 2020, le bassin de stockage sera exploité de manière autonome. «Nous complétons alors les systèmes de refroidissement par un système de sécurité», déclare Philipp Hänggi.

Philipp Hänggi, responsable Nucléaire chez BKW

«Nous voulons procéder au démantèlement ensemble avec notre personnel. Les collaborateurs, dont beaucoup travaillent chez nous depuis de nombreuses années, connaissent bien la centrale, ce qui nous prémunit contre les surprises.» Philipp Hänggi

Les scénarios d’accidents sont peu plausibles, explique Philipp Hänggi. «Lorsque le réacteur sera éteint, ce sera comme une voiture de course qui ne roulerait plus qu’à 1 km/h. De plus, au bout de trois mois, la radioactivité des éléments combustibles est déjà réduite de mille fois.» Entre 2021 et 2024, les éléments combustibles seront acheminés vers le centre de stockage intermédiaire de Würenlingen (Zwilag). Selon BKW, 98% de la radioactivité auront alors été éliminés de la CNM.

Puis débutera le démantèlement nucléaire, qui devrait durer jusqu’en 2030. C’est pourquoi Miguel Morales Gutiérrez, 28 ans, a posé sa candidature chez BKW il y a un an. Il a fait des études de génie mécanique et détient un master en génie nucléaire. «Le démantèlement génère une grande quantité de déchets radioactifs. Mon équipe est responsable de la qualité des déchets emballés, de la documentation et de l’élimination.» En effet, les déchets doivent être stockés en toute sécurité pendant des siècles.

Miguel Morales Gutiérrez vérifie l’étanchéité d’un conteneur de déchets radioactifs.

La loi sur l’énergie nucléaire exige que les déchets radioactifs produits en Suisse soient stockés de manière sécurisée en Suisse. Pour ce faire, la Confédération et tous les producteurs de déchets radioactifs ont chargé la Société coopérative nationale pour le stockage des déchets radioactifs (Nagra) de trouver un emplacement sûr. En août, le Conseil fédéral a accordé une autorisation pour des forages de sondage au nord du Lägern et deux forages de sondage au nord-est de Zurich. D’autres sondages sont prévus dans l’est du Jura. Selon Patrick Studer, porte-parole de la Nagra, on peut s’attendre à un total de 92 000 mètres cubes de déchets, emballages compris, pour les cinq centrales nucléaires.

«Parmi ce volume, il y a 9000 mètres cubes d’éléments combustibles usés et 400 mètres cubes de déchets vitrifiés issus du retraitement.» Le reste est constitué de déchets faiblement et moyennement radioactifs. «Au bout de 200 000 ans, les déchets hautement radioactifs présentent le même degré de rayonnement que le minerai d’uranium naturel», explique Patrick Studer. «Nous prévoyons un dépôt en couches géologiques profondes qui enfermera les déchets en toute sécurité sur une période d’un million d’années. Cela semble très long à l’échelle humaine, mais ça ne l’est pas à l’échelle géologique: la roche dans laquelle nous planifions le dépôt est déjà vieille de 173 millions d’années.» Le démantèlement et l’exploitation, emballage compris, de Mühleberg générera 600 mètres cube de déchets hautement radioactifs et 12 300 mètres cubes de déchets faiblement et moyennement radioactifs pour le stockage en profondeur.

Le principe du pollueur-payeur s’applique à la gestion des déchets radioactifs. C’est pourquoi les exploitants de centrales nucléaires doivent contribuer au fonds de désaffectation et de gestion des déchets radioactifs pendant toute la durée d’exploitation ou pendant au moins cinquante ans. La CNM est la première centrale à pouvoir récupérer l’argent versé pour le démantèlement. «Cette requête d’indemnisation sera mise en place pour la première fois à tous les niveaux, tout comme le processus dans son ensemble. Si les coûts sont plus élevés que le montant que nous avons versé, nous devrons aussi les assumer nous-mêmes», souligne Philipp Hänggi.

Chez les collaborateurs, la décision de la désaffectation a suscité de vives émotions. «Nous sommes comme une famille», déclare Martin Saxer, directeur de la centrale. Heinz Egli, 40 ans, confirme ces propos. En tant que responsable Technique de commande, lui et ses collaborateurs continueront de veiller à la maintenance des systèmes électrotechniques pendant le démantèlement.

Heinz Egli, responsable Technique de commande, contrôle un système de détection d’incendie.

Toutefois, pour le moment, sa tâche principale consiste à familiariser son équipe avec les conditions du démantèlement. Le directeur de la centrale, Martin Saxer, le formule ainsi: «Les plus grands préparatifs n’ont pas lieu au niveau technique et artisanal, mais au niveau du développement personnel. La flexibilité et la responsabilité personnelle sont de mise pour éviter que le changement quotidien du système ne devienne un facteur de stress.» A présent, la désaffectation est devenue normale et tout le monde se concentre sur ce sujet. Martin Saxer: «Nous voulons démanteler la centrale avec le même professionnalisme que celui avec lequel nous l’avons exploitée.»

Le directeur de la centrale Martin Saxer, qui a commencé sa carrière en tant qu’ingénieur-électricien à la CNM, dans un local des câbles du bâtiment d’urgence.

«Nous voulons démanteler la centrale avec le même professionnalisme que celui avec lequel nous l’avons exploitée.» Martin Saxer

Travaux de maintenance sur le réacteur ouvert. La dernière révision de la centrale nucléaire de Mühleberg a eu lieu en août et septembre.

Inspection de nouveaux éléments combustibles.

Mühleberg générera 600 mètres cubes de déchets hautement radioactifs et 12 300 mètres cubes de déchets faiblement et moyennement radioactifs.

Travaux de maintenance sur l’enceinte de confinement primaire.

«UNE ÈRE S’ACHÈVE»

5 questions à Benoît Revaz, directeur de l’Office fédéral de l’énergie.

Benoît Revaz, Mühleberg est la première centrale nucléaire suisse à être désaffectée. Est-ce un moment historique?

Absolument. Cela marque le début de la sortie progressive du nucléaire, qui a été approuvée par le peuple suisse en mai 2017. L’ère de l’approvisionnement énergétique centralisé par le biais de quelques grandes centrales électriques s’achève et nous sommes en train de construire ensemble un nouveau système énergétique durable et surtout organisé au niveau local et régional.

Quand la dernière centrale nucléaire de Suisse sera-t-elle arrêtée?

Nous n’avons pas de dates butoirs fixes. Tant qu’elles sont sûres, les centrales nucléaires peuvent être exploitées. Les expériences d’exploitation mondiales supposent une durée de vie de soixante ans. Cela signifierait que Leibstadt, la plus jeune centrale nucléaire suisse, mise en service en 1984, serait désaffectée au milieu des années 2040.

Les énergies renouvelables doivent être doublées d’ici 2020. Sommes-nous en bonne voie?

La nouvelle loi sur l’énergie date d’il y a neuf mois. Il faudra encore un peu de temps avant que les nouvelles mesures ne montrent des effets mesurables. Globalement, nous sommes en bonne voie: nous présenterons cela dans un rapport de surveillance spécial vers la fin de l’année.

Mühleberg représente 5% de la production d’électricité. Comment ce manque sera-t-il compensé?

Premièrement, une bonne partie sera compensée par une amélioration de l’efficacité. Les chauffages électriques à accumulation, qui sont encore très répandus en hiver, consomment à eux seuls environ 15% de l’électricité. Et l’éclairage représente jusqu’à 12%. Cette consommation peut être considérablement réduite dans les années à venir grâce à des technologies plus efficaces et à des commandes intelligentes. Deuxièmement, nous disposons d’électricité provenant d’autres régions du pays et de la production régionale croissante. Si nécessaire, nous pouvons faire appel aux importations.

Quelles sources d’énergie vaudront encore la peine d’être exploitées à l’avenir?

Au cours des prochaines années, un certain nombre de grandes centrales électriques en Europe seront retirées du réseau et l’offre sera réduite. Dorénavant, l’approvisionnement énergétique reposera sur des applications électriques beaucoup plus efficaces et évincera les combustibles fossiles. La force hydraulique restera certainement une source d’énergie essentielle en Suisse. Mais les énergies décentralisées, telles que l’énergie solaire, joueront également un rôle majeur, notamment en raison du nombre croissant de communautés de consommation propre qui produisent leur électricité sur place.

SI Gruen

SI Gruen

Beitrag aus dem Magazin SI Grün der Schweizer Illustrierten im Rahmen einer Zusammenarbeit der BKW mit Ringier / Article du magazine SI Grün de la Schweizer Illustrierte, dans le cadre d’une collaboration de BKW avec Ringier.